Le donjon de l’ours qui dort – Mark Dion

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2012, Seyne-les-Alpes, Route de l’art contemporain VIAPAC

S’il est un animal sur lequel se forment légendes et mythes, c’est bien l’ours. Sans doute est-il le plus paradoxal des animaux dont s’est saisi l’imaginaire. On le sait réellement solitaire, dangereux, agressif. Mais les histoires en font un être doux, calme. On sait son caractère ombrageux et violent, mais quel n’est pas l’enfant qui ne rêve de posséder son nounours. Pour Mark Dion, l’ours cristallise toutes les contradictions : espèce en voie de disparition, il est à la fois traqué par les chasseurs et les bergers depuis toujours, mais aussi protégé par d’autres personnes qui voient en lui un animal symbolisant les violences que l’Homme inflige à la nature. Au Fort de Seyne, on entend des ronflements. L’ours est là, endormi, confortablement installé dans un décor de contes de fées. Cependant sa posture attendrissante révèle aussi un être massif, de taille imposante qui pourrait se réveiller pour réincarner le renouveau d’une nature riche et complexe. A l’office de Tourisme, il est présenté dans une châsse de verre, sur un coussin violet au caractère noble. Endormi ou mort, ce spécimen est ici représenté comme une sorte de relique sur son écrin, vestige précieux d’une espèce disparue renvoyant aux souvenirs et à la nostalgie. Le sommeil de l’ours évoque aussi une certaine sérénité, il repose désormais en paix dans sa cage de verre, ironiquement protégé de l’Homme par l’Homme. Cette œuvre s’intègre parfaitement à l’histoire du Fort et au territoire environnant où il y a plus d’une centaine d’années, l’homme chassait l’ours. Elle renvoie aussi à des questionnements actuels, comme la réimplantation d’espèces autrefois disparues telles que le loup.

L’artiste Mark Dion est né en 1961 à New Bedford, Massachusetts, il vit et travaille à New York. Il explore les croisements entre art et science, visions et production de connaissance, collection muséale et modes de présentation. En prenant la place d’un scientifique amateur, d’un collectionneur, d’un historien ou d’un biologiste, Mark Dion porte un regard souvent humoristique et critique sur les relations entre culture et nature. C’est le cas des œuvres Collection Index Digne et L’ours au musée Gassendi.

 

Situer l’œuvre