Dominique Angel, Pièce supplémentaire

Dominique Angel

Dominique Angel, Pièce supplémentaire, 2005

Planches, arbre mort, pierres

Musée-Promenade, Digne-les-Bains

Collection musée Gassendi

 

Dominique Angel a désigné un arbre mort du jardin Saint-Benoît comme sculpture, le sauvant ainsi de tout abatage. Dans un processus de déplacement immobile, il enserre la base de son tronc d’une construction en bois qui évoque, autant par son plan et ses matériaux, une caisse de transport d’œuvres d’art ou un socle. Par le geste même de la sculpture, cette part du processus agit comme métaphore de la sculpture elle-même. Dans l’histoire de cet art, le socle est une constituante déterminante de la sculpture et conduit le regard. Ici, la forme-socle laisse émerger le tronc d’arbre d’une si évidente et si triomphante manière d’être sculptural.

Lors de sa résidence à Digne, invité par le CAIRN, Dominique Angel a écrit un roman, Ça m’ennuierait de mourir avant la fin de ma vie, co-édité par le Musée Gassendi et Fage éditions (2005). Inspirée du Cabinet Gassendi, l’artiste a dissimulé dans le cabinet de Pierre Gassendi une création vidéo, Pièce supplémentaire n°23, acquise par le musée en 2008.

 

« Mon ambition artistique.
La recherche d’un hypothétique bonheur fonde la conscience artistique de nos sociétés. De la distraction à l’activité purement utilitaire, de la soumission au libre arbitre, du bon sauvage à la barbarie humanitaire, de l’art pour chacun au tout est art, de la figuration à l’abstraction, de Dieu pour tous à chacun pour soi, de l’homme à la femme, de l’individu à la société, de la vie à la mort, du temps passé au temps présent, je mets dans mon œuvre autant de grandes causes que de petits plaisirs. Ils stabilisent mon ego et font pencher en ma faveur le fléau de la justice aveugle. Mon ambition artistique est de ne rien laisser au hasard.

J’ai réalisé cette œuvre voici 18 ans, mais elle m’a échappé en raison de l’idée même qui a présidé à son élaboration ; la mise en caisse d’un arbre dépouillé, calé par des pierres, un monument élevé pour un arbre mort sur pied, destiné à se fondre dans la nature et à subir sa loi en s’auto détruisant. Une ruine envahie par la végétation, transformée en abri pour les oiseaux, en nid d’insectes. Avec le recul, j’y vois une intuition, celle de mes « Destructions annoncées » que j’ai développées ces dernières années. » Dominique Angel

L’histoire de l’art est un vaste domaine dans lequel Dominique Angel puisse indéfiniment. Aucune technique n’a de prévalence que son utilité pour le projet engagé. Même si la sculpture est le premier et principal moyen par lequel il s’exprime, il en découle une quantité d’autres qui appuient la diversité de ses orientations, sans jamais se soumettre à la classification. Son œuvre conquiert le protéiforme visant la revendication d’être en présence, libre, joyeux, dans l’espace social. Pièce supplémentaire est le titre de chacune des œuvres, toutes issues d’un travail en atelier et, chacune, constituant un maillon de plus à ajouter à un panel déjà bien construit depuis la sortie des Beaux-Arts de l’artiste en 1967. Chaque action performative, pièce sculpturale, vidéo, série photographique ou écrit… marque une pause dans le tourbillon de l’atelier – œuvre lui-même – où s’établissent les temps de concentration et d’élaboration. Hors de tout formalisme en tant que tel, cet œuvre hybride travaille le terrain trompeur des évidences. Au détour de figures riantes, de calembours et d’associations d’apparence absurde, la teneur philosophique du propos manifeste comment les idées fusent et quels chemins emprunte la pensée.