Notre-Dame du Bourg, une vie de cathédrale

Auteur : Coll. sous la direction de Gabrielle Demians d’Archimbaud
Année : 1990
Editeur: Musée Gassendi / Laboratoire d’Archéologie Médiévale Méditerranéenne
Prix : 13 €
Edition française / 27 x 27 cm / 64 pages (ill.)

 

Ouvrage publié à l’occasion de l’exposition éponyme organisée par le musée Gassendi à la suite des fouilles réalisées dans la cathédrale Notre-Dame du Bourg par le Laboratoire d’Archéologie Médiévale Méditerranéenne de l’Université de Provence sous la direction de Gabrielle Demians d’Archimbaud et en préfiguration de la réalisation de la crypte archéologique de la cathédrale.

 

Préface

« Un présent sans passé n’a pas d’avenir »     F. Braudel.

Schéma classique, mais encore mal expliqué que celui du déplacement de l’épicentre des villages et des bourgs en Basse-Provence entre la fin de l’Antiquité et le Moyen-Age. A ce titre, Digne fait figure d’archétype.
Au débouché du Mardaric, dès le 1er s. de notre ère s’implante une bourgade. A en juger par les fouilles de la Résidence pour Personnes Agées (R.P.A.), réalisées par la Direction des Antiquités de Provence-Alpes-Côte d’Azur, à quelques dizaine de mètres de la façade de Notre-Dame du Bourg ou encore par celles effectuées par Mlle G. Démians d’Archimbaud dans cette cathédrale, cette bourgade présente des habitations de qualité. Or, au Ille s., il semble bien que le régime des eaux et celui de la torrentialité changent au sud des Alpes et que la ville antique soit abandonnée pour cause d’inondations ou/et d’humidité importante.

Où se déplacent alors les gallo-romains ? Peut-être sur l’éperon autour de la prison comme pourraient le suggérer des trouvailles anciennes ou encore dans la zone des thermes comme le montrent les fouilles actuellement en cours. Quoi qu’il en soit, l’emplacement original demeure attractif puisque, dès le Ve s., un édifice religieux y est établi, alors que le quartier est peut-être encore à demi abandonné. Cette première église a servi durant de longues années. Vers 1185, une reconstruction du monument est décidée qui, curieusement, ne fait pas table rase du passé mais qui, tout au contraire, en tient compte en amplifiant les constructions antérieures.

Alentour, la vie continue puisque les fouilles de la R.P.A. révèlent une importante occupation qui perdure jusque vers le XVIe s. Mais des fouilles ponctuelles réalisées à l’emplacement de l’hôtel du département montrent que dès le Xllle s. le promontoire était ceinturé d’un rempart et qu’un bourg, peut-être épiscopal, y était implanté.
L’Eglise, au débouché d’une vallée, éloignée du bourg fortifié, devient vulnérable. Aussi, dès le XIVe s., elle est elle-même fortifiée. Malgré ces précautions, elle souffre terriblement de la tourmente des guerres de religion. Salpêtrée par le Duc d’Epernon, les documents d’époque nous la décrivent voûtes crevées, toiture délabrée prenant eau de toute part. Une réfection s’impose mais si maladroite que la stabilité de l’édifice s’en trouve très affectée.

C’est pourquoi, ces dernières années, la Direction Régionale des Affaires Culturelles (Conservation Régionale des Monuments Historiques) a pris, en accord avec la Ville de Digne, la décision d’une restauration de grande ampleur destinée, entre autre, à stopper le processus de déstabilisation du monument, voire à l’annuler totalement. L’opération a été confiée à M. Flavigny, Architecte en Chef des Monuments Historiques. Après avis de l’inspection générale des Monuments Historiques et examen par la Commission Supérieure, le projet retenu (pinces inertes sur les voûtes et plancher tirant à la base) ainsi que la volonté de retrouver le niveau du sol du Xlle s. qui avait été peu à peu rechargé afin de combattre l’humidité ont conduit la Direction des Antiquités à intervenir pour réaliser des fouilles archéologiques.

En effet, les sondages effectués en 1946 par MM. Delmas et Irigoin, surtout à l’emplacement des drains extérieurs, avaient révélé tout l’intérêt du sous-sol de la cathédrale, intérêt confirmé par un sondage réalisé en 1983/1984 par Mlle G. Démians d’Archimbaud afin d’étudier la pertinence de la stratigraphie du monument.
Au regard de l’intérêt majeur des résultats obtenus lors de ces premières recherches, fut décidée une fouille exhaustive de tout l’intérieur de l’Église et jusqu’aux niveaux antiques, à 5 m. sous le dernier dallage !
L’aspect spectaculaire des vestiges mis au jour (emboîtement des églises successives, tombes, moules à cloches,…), leur importance historique certaine ainsi que leur caractère pédagogique évident ont conduit M. le Maire de Digne à souhaiter en faire l’un des pôles attractifs de sa ville. C’est ainsi qu’à été élaboré sous le sol de la cathédrale un projet de crypte archéologique où les visiteurs pourront de façon extrêmement visuelle et didactique appréhender la continuité du monument et, au-delà,… celle de l’Histoire. Cette réalisation, dont le chantier commence, constitue en outre une véritable prouesse technique, car la hauteur des fouilles en certains endroits ne permettait pas à la dalle d’excéder une dizaine de centimètres (gaines et réseau de chauffage intégré compris !).

C’est que, et cette année de l’archéologie 1989/1990 le souligne bien, l’archéologie fait maintenant partie intégrante des préoccupations des Français. Aussi cette science autrefois souvent présentée comme rébarbative et réservée aux seuls initiés, est-elle devenue depuis quelques décennies un enjeu touristique et médiatique. Informer et restituer au public le plus large possible les résultats des opérations archéologiques est l’aboutissement logique de la politique archéologique cohérente que se doit de conduire l’État avec tous ses partenaires. Soulignons d’ailleurs que cette opération de Notre-Dame du Bourg a été un exemple de collaboration entre tous. Entre les financiers tout d’abord puisque l’État, le Département et la Ville ont contribué à raison de 50%, 25%, 25%, à financer les 13 M.F. de l’opération. Entre les administrations : Monuments Historiques, Direction des Antiquités, Services de la Ville de Digne qui ont eu à gérer un chantier complexe et sensible. Enfin entre les scientifiques et le maître d’œuvre, M. Flavigny. Parmi les scientifiques, il ne faut pas oublier ceux de la Direction des Antiquités qui ont largement contribué à la réalisation de l’opération, sans omettre tout le talent et tout le dévouement de Mlle G. Démians d’Archimbaud, Professeur à l’Université d’Aix-en-Provence et titulaire de l’autorisation de fouille, sans laquelle rien de tout ceci n’aurait été possible. Opération longue, coûteuse, mais importante scientifiquement qui marquera certainement les annales de l’archéologie française et celle des Monuments Historiques par son aspect exemplaire et novateur. Mais aussi formidable pari sur l’avenir décidé par M. le Maire de Digne qui, nous en sommes certains, en l’occurrence est déjà gagné.

Jean-Paul JACOB, Directeur des Antiquités de Provence-Alpes-Côte d’Azur
François GOVEN, Conservateur Régional des Monuments Historique

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