Pour la première fois le CAIRN, délègue le commissariat artistique d’un projet à un artiste.
Revenant au CAIRN, cinq ans après son exposition monographique, Ce que je fiche, Stéphane Bérard choisit cette fois-ci d’inviter d’autres artistes à exposer pour une carte blanche.
" En 1989, Jean-Hubert Martin organisait au Centre Georges Pompidou et à la Grande Halle de la Villette une exposition qui fit date : Les Magiciens de la Terre. L'Art Contemporain y devenait réellement international, puisque y étaient exposées, au même titre que les oeuvres des plus fameux artistes européens ou américains, des pièces d'artistes venus d'Afrique ou d'Australie. Cependant, continuer à qualifier de «magiciens» les artistes venus d'Afrique ou d'Inde sert une vision erronée; c'est faire le jeu d'une idéologie postcoloniale, opposant le monde dit civilisé au monde dit primitif (forcément associé à la pensée «magique»). Les artistes africains ou indiens ne sont pas plus «magiciens» que les artistes français ou allemands, à moins de considérer Versailles, d'où est tiré l'iconographie du carton d'invitation et du catalogue comme une tribu parmi d'autres - le titre est donc à entendre aussi ironiquement.
Comme son titre l'indique, Les Magiciens de la France commence par, ou avec, un changement d'échelle.
Une puissante magie, cependant : ainsi, Xavier Boussiron aura pu travailler avec un chimpanzé, Francesco Finizio aura réfléchi à la possibilité de maçonner des bonhommes de neige sans neige, Alexandre Gérard parlera les langues internationales du rêve, Laurent Grandchamp nous donnera des néo-totems, Noël Ravaud sera le paysagiste d'un texte d'Elfrid Jelinek et Alain Rivière mesmérisera la politique."
Stéphane Bérard
Les deux artistes exposent régulièrement ensemble ou individuellement en Italie. En 2007, ils ont présenté leur première exposition monographique en France au Centre d’art du Parvis, Scène Nationale Tarbes Pyrénées et après une résidence au CAIRN en 2007, ils ont produit des oeuvres autour de la question de la mutation des matières premières minéralogiques collectées sur le territoire de Réserve géologique de Haute-Provence.
Vue partielle de l'exposition au CAIRN, centre d'art sur les oeuvres : Paysage évaporitique et Andrea et gypse
Le projet Zoo fantastique, consiste en une installation temporaire d’oeuvres du FRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur, dans différentes structures culturelles et éducatives de Digne-les-Bains et de Saint-Paul-sur-Ubaye, soit sept lieux au total : le CAIRN, centre d’art, le musée Gassendi, la Médiathèque Intercommunale des 3 vallées, l’IUT, le lycée Pierre-Gilles de Gennes, le collège Maria Borrély et l’école élémentaire de Saint-Paul-sur-Ubaye.
La dimension itinérante de cette exposition apparaît essentielle pour cette action pédagogique, mise en place par les trois médiatrices des structures associées du projet, soit Annabelle Arnaud pour le FRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur, Christelle Nicolas pour le musée Gassendi et Emilie Respriget pour le CAIRN, centre d’art.
L’exposition Zoo fantastique rassemble treize oeuvres au total de la collection du FRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur et trois oeuvres de l’artiste invitée Clara Perreaut.
La spécificité du projet Zoo fantastique est de renforcer la visibilité du CAIRN, en période hivernale, car habituellement la galerie est fermée, auprès d’un public scolaire, en proposant des interventions gratuites.
Les oeuvres présentées dressent un inventaire zoologique atypique qui s’amuse de la proximité et de la disparité entre l’homme et l’animal. Incongrus ou grotesques, les « inimitables personnages » de la galerie du CAIRN apparaissent autant hybrides qu’étranges et composent un tableau plutôt moqueur, sur le ton d’une fable de Jean de la Fontaine, où derrière la symbolique de l’animal se cachent les turpitudes de l’homme.
Les personnages hybrides et bariolés de François Mezzapelle subissent des métamorphoses qui leur confèrent une étrange existence. Mêlant silhouettes humaines et animales à des objets et à des signes obscurs, Jonathan Borofsky se figure lui-même sous l’aspect d’un homme-oiseau et privilégie longuement l’évocation d’une humanité blessée ou mécanisée. Xavier Veilhan nous plonge dans un univers aux frontières du réel : ses personnages sont des clones improbables (perruques en éponge, jupes en plastique moulé, pingouins...) qui jouent aux êtres humains. Erik Dietman rendant hommage à Blake, Goya, Füssli, Sade et Mozart prend partie pour la matière et le monstrueux : un bureau d’enfant sur lequel repose un animal ancestral et fantastique semble générer toutes les chimères, les frayeurs et les désirs de nos mémoires d’écoliers.
N’oublions pas que la spécificité du CAIRN, est son implantation géographique au coeur d’une réserve naturelle, abritant des minéraux et fossiles, traces d’espèces animales et végétales d’époques révolues. C’est dans cet état d’esprit que l’on peut aborder les oeuvres du Zoo fantastique présentées au CAIRN, comme autant de spécimens menacés, et dont la mission du centre d’art est de les protéger, afin qu’ils puissent être conservés.
Vue d'ensemble de l'exposition Zoo fantastique au CAIRN centre d'art