Dans le parcours muséographique, il nous a semblé légitime d’ouvrir la visite par un espace qui serait dédié aux deux personnages qui sont à l’origine du musée de Digne. Avec l’évocation de ce cabinet de travail, vous pénétrez dans l’atmosphère familiale et intime d'Etienne Martin et de son père Paul auquel il doit l’éveil de sa sensibilité artistique.
Cet espace a été construit à partir des éléments que nous connaissons de la demeure familiale, la Villa Saint-Martin, acquise en 1873. Dans le Century de New York, le consul des Etats-Unis la décrit comme « remplie de trésors d’art et de goût, renfermant des tableaux et des esquisses reçues en souvenir de Corot, Daubigny, Vollon, Diaz, Huguet, Ziem et d’autres artistes plus ou moins renommés. C’est un cas presque unique de trouver dans une petite ville de province, une habitation aussi remplie que la sienne de meubles, d’armures et d’ornements anciens… ».
Père d'Etienne, il naît à Digne en 1830. Forte personnalité, il délaisse les études, malgré les aspirations de ses parents, pour pratiquer l’aquarelle avec Victor Camoin qu’il suit à Marseille à dix-huit ans. A 24 ans, il ouvre un magasin d’objets d’art, activité fondamentale en ce qu’elle lui permet de rencontrer le milieu artistique marseillais.
Rapidement, il collectionne, devient un amateur éclairé, reconnu et estimé. A partir de 1865, il liquide son commerce et se consacre plus librement à sa propre peinture. Il vend ses aquarelles dans toute la Provence, en France et même à l’étranger. Après 1870, il organise des expositions au Cercle artistique. Il décède en 1903, peu avant l’ouverture du musée.
Qui est Etienne Martin ? La lecture de sa biographie laisse apparaître l’image d’un homme dont la vie s’organise autour de deux grands pôles d’activités : l’exercice de la peinture dont il vivra toute sa vie, avec son implication dans la vie culturelle et artistique de Marseille où il séjournait une grande partie de l’année et la poursuite de l’oeuvre de son père Paul, en tant que fondateur et défenseur du Musée de Digne.
Il en sera le conservateur dès 1905 et cela jusqu’à sa mort en 1945. Il engloutira sa fortune dans cette aventure.
Sa vie se partage donc entre Digne et Marseille au gré de déplacements en diligence qui font l’objet de nombreux récits, impressions de voyages émaillés de remarques et de rencontres pittoresques. Cet homme né au milieu du XIXe siècle dans un milieu bourgeois très influencé par l’idéologie mistralienne est aussi un homme de lettres et nous pouvons retrouver sa personnalité, ses goûts, ses coups de coeur et ses désenchantements au fil de ses écrits.
Qu’un peintre soit également conservateur est banal au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe siècle. Appointés et logés par les municipalités, les artistes trouvent la sécurité qui leur permet de se consacrer à leur art.
Le musée constitue également pour lui l’occasion de défendre un certain idéal artistique. Nommé conservateur en 1905, Etienne Martin va mettre en place la section des Beaux-Arts grâce, en majeure partie, aux dons des membres de l’Association des Artistes Marseillais, confrères du peintre. Il met ainsi en lumière un aspect de l’art provençal au moment de la Belle époque (1880-1914).