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Reno Salvail sur le territoire de la Réserve Géologique de Haute-Provence

Reno Salvail est né en 1947 à Plessisville, au Québec, vit et travaille à Québec.

Des expositions de son travail ont été présentées au Québec, au Canada, aux États-Unis, et en Europe. Il a été gratifié de plusieurs bourses et prix du Conseildes Arts du Canada et du Conseil des Arts et des lettres du Québec.

Reno Salvail, La trace du lièvre

" Ma pratique implique un voyage initiatique en des lieux particuliers, propices à la collecte de sensations et d'émotions aussi bien que d'images. Les oeuvres photographiques ou installations réalisées constituent des comptes rendus poétiques entremêlant de manière inextricable le réel et le vraisemblable à la manière des récits mythologiques et des légendes qui les traversent. Cette pratique d'art-fiction exploite les technologies récentes telles le traitement informatique des images, la photographie satellitale et la vidéo numérique afin de pervertir subtilement la compréhension habituelle de la nature. Le projet que je réalise actuellement au CAIRN, centre d'art prend en considération la trace, à la manière de mes projets antérieurs. J'explore les lieux à la découverte des marques du temps, de l'histoire géologique et géomorphologique de la Réserve géologique de Haute-Provence. Cette fois, je suis la trace de l'ammonite, de l'archeopteryx, de l'Ichtyosaure et tenterai d'installer entre les traces de l'histoire géologique, le dessin de la constellation du Lièvre.
J'ai choisi d'inscrire la forme de la constellation du Lièvre sur le territoire de la réserve géologique parce que cette constellation de l'hémisphère sud de la voûte céleste n'apparaît que furtivement, à quelques reprises au cours d'une année, pour les observateurs de l'hémisphère nord. Elle se fait discrète, comme les fossiles qui ne se dévoilent que lors d'éboulis ou de glissements de terrain. Pierre Gassendi, observateur attentif du ciel et des constellations, avait remarqué que l'on pouvait apercevoir de temps à autres cette constellation au-dessus de la montagne de Lure. En marchant dans la réserve géologique, je tâcherai de définir un secteur d'environ 2.5 km2 susceptible d'accueillir le dessin de la constellation du Lièvre. L'image de celle-ci sera rabattue au sol selon l'angle où elle nous apparaît dans le ciel de Digne, au mois de mai. Les étoiles seront indiquées sur le dessin par des petites bornes d'aluminium anodisé, chacune gravée du symbole de l'étoile qu'elle représente dans la constellation. Je ferai également une vidéo de la marche, du déplacement lors de la recherche du lieu propice et lors de l'installation des bornes. Le spectateur déambulant d'une borne à l'autre pour reconstituer la constellation participera à l'inscription dans le sol, d'un sentier."

Reno Salvail, mai 2005

Coordonnées GPS de l'emplacement des bornes portant le symbole de chaque étoile du lièvre

L'installation-itinéraire, La trace du lièvre se trouve à flanc de montagne dans la partie nord-est du massif du Blayeul au nord-est de Digne-les-Bains. Telle un jeu de piste, l'installation est accessible au public à travers les coordonnées GPS précises de chaque borne.

 

Pourquoi Le Blayeul ?

La montagne de Blayeul étend sa crête de Verdaches à Digne. Des Quatre Termes on aperçoit L'Ubac et le col du Labouret à l'est, au nord et à l'ouest la vallée du Bès et à l'ouest les Barres de Proussier, le Défens, le Barri et le Vieil Esclangon. Un sentier de onze kilomètres s'y dessine à partir de Fonfrède en passant par l'E scalle et Boullard. L'imposant massif qui déploie son échine du nord au sud à plus de deux mille mètres d'altitude est un endroit idéal pour observer les étoiles malgré la fausse pollution lumineuse au sud ouest en direction de Digne. J'y suis monté avec Lise le dimanche 8 mai, les hauts pâturages passaient du jaune au vert, à l'ombre la neige toujours présente nous laissait croire à des nuits encore froides malgré la douceur et la sécheresse des rives du Bès où un feu de brousse sévissait. De retour à la résidence du CAIRN, le ciel clair et sans nuage m'a aidé à prendre la décison de retourner là-haut pour photographier les étoiles. Ce soir là, la D 900 était 51 fermée au croisement de la route de Beaujeu à cause de l'incendie de forêt près du Grand pont, de l'autre côté du col du Labouret. Le gendarme m'a tout de même donné l'autorisation de monter au Blayeul pour y faire mes photographies. Le soleil rasant du soir éclairait la piste de telle sorte qu'il faisait apparaître les moindres textures et toute la subtilité des couleurs de terre. Aux détours de la piste apparaissait la face des montagnes éclairées perpendiculairement, leurs textures en tons de gris et terre de sienne se découpaient très franchement sur le ciel bleu céruléen. Arrivé au sommet, le soleil était toujours au dessus de l'horizon mais il touchait déjà le sommet du Tourtoureau. Puis tout se passa très vite, les montagnes à l'est commencèrent à s'éteindre, les lignes des sommets de l'ouest se multiplièrent arborant des tons de gris, de rose, de violet et d'indigo. Le soleil passé sous la ligne d'horizon, il n'y eut plus qu'une ligne grise puis bientôt noire contrastant sur un ciel orange, rouge, rose, violet puis d'un bleu de plus en plus dense jusqu'à ce que les étoiles apparaissent. La première lueur qui apparut n'était pas une étoile mais une planète, Vénus. L'étoile polaire apparut ensuite suivie de sa constellation la Petite Ourse, À la verticale, la grande casserole de la Grande Ourse se découvrit à son tour puis Orion. Je commençai alors à photographier avec de très longues expositions la voûte céleste, ce qui résultera en des photographies où les étoiles seront représentées par de petits arcs de cercle plus ou moins longs selon la durée de l'exposition. Cette façon de photographier les étoiles me plaît beaucoup car elle laisse un part au hasard et certaines (erreurs) peuvent amener à des élément très positifs de création artistique. Pendant les très longues poses, près d'une heure étant donné l'effet de reciprocité de l'exposition longue de la pellicule couleur utilisée, je contemplais la voûte céleste en écoutant la musique de mon iPod. Miles Davis et Loreena McKennitt m'accompagnèrent durant cette nuit froide et venteuse.

Reno Salvail, journal

 

 

Borne représentant Nihal (Bêta Leporis), la seconde étoile de la constellation du Lièvre Borne représentant Nihal (Bêta Leporis), la seconde étoile de la constellation du Lièvre
Borne représentant Nihal (Bêta Leporis), la seconde étoile de la constellation du Lièvre Borne représentant Nihal (Bêta Leporis), la seconde étoile de la constellation du Lièvre
Reno Salvail devant la borne Borne représentant Arneb (Alpha Leporis), la première étoile de la constellation du Lièvre Reno Salvail devant la borne Borne représentant Arneb (Alpha Leporis), la première étoile de la constellation du Lièvre

Reno Salvail a réalisé cette oeuvre, à l'occasion d'une résidence et d'une exposition au CAIRN, centre d'art en 2005.

exposition en 2005 au CAIRN, centre d'art : Reno salvail et Dominique Angel, 44° 6' N / 6° 13' E

Carton de l'exposition Reno Salvail et Dominique Angel, 44° 6' N / 6° 13' E Carton de l'exposition Reno Salvail et Dominique Angel, 44° 6' N / 6° 13' E

Renseignements au musée Gassendi

64, boulevard Gassendi
04000 Digne-les-Bains
t / (+33) 04 92 31 45 29
f / (+33) 04 92 32 38 64
cairn@musee-gassendi.org

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