La gypserie, technique décorative qui utilise le plâtre moulé, modelé et taillé, se développe dans toute la Provence à partir de la fin du Moyen Äge, pour atteindre son apogée à la période baroque.
Dans le département des Alpes de Haute-Provence, on trouve les vestiges les plus anciens à Castellane et à Digne, dans la cathédrale Notre Dame-du-Bourg qui abrite un autel du XIVe siècle.
Les gypseries qui figurent dans cette salle voûtée, datent probablement de la fin du XVIIe. Elles sont organisées en quatre panneaux. Certains motifs – olivier, vigne, gerbe de blé, palmes – sont d’inspiration chrétienne, ce que confirme la fonction première de cette salle, celle de la chapelle basse de l’hôpital Saint-Jacques.
Les couleurs utilisées pour la restauration correspondent aux traces de badigeon retrouvées après le décapage des peintures modernes qui les recouvraient. Dans le musée, un autre panneau en gypserie est visible dans la salle de sciences. C’est un trumeau, daté du XVIIe siècle, qui se trouvait placé au-dessus d’une porte de l’hôtel Latil d’Entraigues aux Mées.
Paul-Armand Gette est né à Lyon en 1927, vit et travaille à Paris.
Invité à travailler à Digne, Paul-Armand Gette à fait passer le territoire de la Réserve Géologique de Haute-Provence à travers le prisme, si particulier, de sa pratique artistique. La géologie - bien sûr- mais aussi l'entomologie, la botanique, la toponymie ou la mythologie ont été ses champs d'actions privilégiés, comme autant de rencontres entre l'artiste et le lieu. C'est ainsi que, strates après strates, Paul-Armand Gette construit ses oeuvres - prélevant des spécimens, glanant des idées au gré de ses voyages et lectures - entre érudition, badinage et autobiographie (à moins qu'il ne s'agisse d'autofiction).
Joan Fontcuberta est né à Barcelone en 1955.
C’est en 1947 que le père Jean Fontana, qui enseigne les sciences naturelles au Petit Séminaire de Digne, assistant provençal de l’abbé Albert-Félix de Lapparent -éminent scientifique, successeur du père Teilhard de Chardin à la chaire de géologie de l’Institut catholique-, découvre dans la vallée du Bès trois fossiles anthropomorphes datant du Miocène. Ces restes d’hydropithèques éclairent d’un jour nouveau, et de manière inattendue, la thèse longtemps débattue en faveur de l’existence d’un ancêtre aquatique des hominidés. Force est de remarquer que ces découvertes, d’une extrême importance pour la paléoanthropologie, infirment la théorie qu’André Leroi-Gourhan consacre à l’action, suppose-t-il déterminante, de la locomotion bipéde au sein du processus physiologique et psychique de l’hominisation.
Pourtant cette découverte ne fut pas divulguée. Considérant que ces travaux des scientifiques frisaient l’hétérodoxie, le Vatican demanda instamment à Jean Fontana que les fossiles soient de nouveau enfouis. Ce n’est que très récemment qu’une équipe de chercheurs dégagea de nouveau les « sirènes » de Digne, qui comptent désormais parmi les trésors paléontologiques de la région.
Les fossiles qu’évoque Joan Fontcuberta introduisent une dimension inhabituelle au sein d’une réserve géologique : la fiction. Car qui connaît le travail de l’artiste catalan aura reconnu dans ce projet l’intérêt marqué de celui-ci pour les propositions plastiques narratives capables de brouiller les frontières qui séparent le vrai du faux. Les fossiles d’hydropithèques sont assurément des faux. Ils sont aussi faux que le récit circonstancié qui retrace leur secrète découverte. (...)
« Le musée c’est le sanctuaire de l’aura, c’est l’institution qui canonise l’oeuvre d’art (et le spécimen scientifique, il va de soi) comme étant authentique, originale. Quand un faux s’introduit dans un musée, c’est comme si l’on envoyait une torpille à la stabilité de l’art. »
Mark Dion est né en 1961 aux Etats-Unis.
Le travail de Mark Dion, qui fait explicitement référence aux cabinets de curiosités et se nourrit de l’histoire des musées, ne porte pas sur la nature mais l’idée de nature. L’artiste collecte objets ordinaires et spécimens du monde vivant pour les organiser en des installations foisonnantes conçues comme des microcosmes. Mark Dion détourne les méthodes et conventions des sciences naturelles et, partant, dénonce l’idéologie qui les sous-tend. Pour Collections Index Digne, l’artiste s’est approprié une classification propre à la Renaissance, en fonction des quatre éléments (le feu, l’air, l’eau et la terre), pour définir l’emplacement des objets, mais également selon la théorie de l’évolutionnisme. La ‘‘lecture’’ se fait de gauche à droite en partant du haut, étage après étage : depuis le point ultime de la civilisation jusqu’aux choses inertes de la terre.
La base de l’armoire est une représentation de l’idée de musée : la fascination pour la rareté incarnée par le minuscule et le majuscule et de l’autre côté l’obsession du rangement. Polysémique, ce cabinet de curiosités détourné regorge d’allusions tout aussi érudites qu’humoristiques.
Martine Balata et René Jullien nés en 1947, travaillent ensemble dans les années 80, à La Javie (Alpes-de-Haute-Procence) depuis à Cravant (Yonne).
Fantômes dans le fantômier est un véritable musée dans le musée, mêlant aussi bien les grands maîtres de l’histoire de la peinture (Rembrandt, Caravage, etc.), les oeuvres du musée Gassendi (Maratta, Prini, etc.) ou l’art contemporain (Buren, Christo, etc.) sous le regard tutélaire de 26 figurines de Gaffarel.
Fantômes dans le fantômier nous conte avec humour et sérieux des histoires de peinture, des histoires d’histoire dans un foisonnement de formes, de couleurs et de personnages à la fois visiteurs et modèles, car la frontière entre l’espace du tableau et l’espace du musée a volé en éclats. Mais comme l’écrivent les auteurs : « Il est toujours permis de ne rien comprendre à rien. Tout n’est que branle pérenne (Montaigne). D’autres interprétations sont possibles.» Fantômes dans le fantômier est la première oeuvre contemporaine produite et acquise par le musée Gassendi.